Ces réflexions tentent une analyse des évènements extérieurs et intérieurs qui participent d’une montée de l’anxiété et de l’angoisse dans la période de pandémie due au Covid19. Elles procèdent de pensées, d’éprouvés et de ressentis qui m’ont traversée au fil de la période de confinement et traduisent mon humeur du moment.

 

Le 18 mars 2020

Le confinement que nous traversons actuellement réfère à la séparation et à la claustration. Cet enferment implique un lieu à partir duquel se déterminent un intérieur et un extérieur.  Le marquage de cette séparation n’est pas toujours objectivable par une cloison ou une clôture. Il Invite/ conduit à un repli dans un espace matériel privé que chacun tente de faire le plus large possible, avec des extensions physiques comme les cours, jardins, terrasses ou avec des prolongements de perspectives comme les fenêtres et les écrans pour-voyeur d’images, de bruits, de discours.  Ces espaces intermédiaires qui ne relèvent ni d’un dehors absolu sans être vraiment du dedans, ils n’en sont que des fragments, sont constitutifs et déterminants de la limite qui fait bordure avec l’espace public. Ils tracent les contours d’un intermédiaire, inter-médium, inter média.

Ces messages, stimulus en provenance d’ailleurs sont autant d’effractions consenties à une période où le corps - social aussi -est renvoyé à l’étendue de sa fragilité. Son enveloppe poreuse à des intrusions que le psychisme peine métaboliser échoue dans son rôle de contenant protecteur. Ainsi l’enveloppe qui détermine et circonscrit est attaquée. Sa finitude est remise en cause dans un réel qui prend corps dans de l’organique, dans un virus.

Le confinement s'expérimente dans et son intérieur ...

 

...Le 02 avril 2020

De l’accoutumance d’un virus qui, fin 2019, bouleversait les habitudes en Chine, un pays si lointain, dont la distance nous protégeait avant même l’introduction des gestes barrières, aujourd’hui, ici, nous rencontrons le même fléau. La dénégation voire le déni est percuté de plein fouet par le réel et la charge mortifère qui l’accompagne.

Le 16 mars, il est demandé à chacun d’entre nous, de rester à notre domicile. Le 17 mars, très rapidement est décrété pour deux mois l’état d’urgence sanitaire qui oblige chacun au confinement.

Le marquage de l’entrée en vigueur de ce confinement par la loi, lui confère un caractère absolu et impératif qui s’impose à tous.

Le contexte dans lequel il s’applique « En cas de catastrophe sanitaire mettant, en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population … » ainsi que la teneur du texte du décret mettent en exergue la gravité de la situation.

La temporalité courte qui sépare l’annonce de la loi et la parution du décret en vue de son application incarne la notion d’urgence. Cette immédiateté pose un coup d’arrêt, une mise en suspens brutale du processus dans lequel chacun est engagé qu’il s’agisse de sa vie professionnelle, familiale, sociale. Le mouvement personnel qui porte la plupart d’entre, nous dans ses projets en cours ou en devenir, pour soi ou ses proches se voit interrompu. Ce principe moteur existentiel est mis à l’arrêt. Cet arrêt dont chacun espère qu’il ne soit qu’une halte, nous renvoie au rapport que nous avons avec nous-même. En effet, une grande part de ce qui jusque-là a nourri nos motivations, régulé notre vie, structuré notre temps, nous est retirée. Nous devons faire sans. S’agit-il d’un vide ou d’un manque ? La tentation perçue comme salutaire consiste à combler la vacuité dont il est d’autant plus complexe de se détourner que le confinement interdit les conduites échappatoires vers l’extérieur. Une part des personnes concernées par ce confinement et qui ne peuvent s’y soustraire peinent généralement dans cette rencontre avec soi, rencontre dépourvue du regard de l’autre, du remplissage qu’il propose et de l’étayage dans lequel il consiste parfois.

 

L’augmentation du trafic internet ne résulte pas uniquement de la mise en œuvre du télétravail. Les échanges via les réseaux sociaux, au-delà de la notion de lien trivialement mise en avant, parlent de ce besoin de l’autre dans le rapport que les utilisateurs ont a à eux-mêmes, à leur existence. Les réseaux sociaux apparaissent alors comme un ersatz, une solution de remplacement. Souvent, ils ne sont qu’une chimère et la tentation de se bercer de cette illusion et de s’y réfugier est grande. L’échange initial de documents sur l’évènement, de vignettes humoristiques avec l’autre s’est progressivement épuisé … les mirages sont éphémères. La source se tarit car la gravité de la tragédie nous surpasse. Mais, de cette source fuit un filet de commentaires qui forme le lit d’une mare saumâtre qui ne reflète que sa propre image. Les rives du Styx dans lequel Narcisse se contemple toujours ne sont pas si loin.

La volonté de s’instruire sur le virus, son avènement, sa transmission, son éradication participent d’une tentative de contrôle ; la compréhension comme moyen de prendre une part active dans le mouvement et les conséquences qu’il implique, pour régenter encore, ne serait-ce qu’à minima, notre existence. Cette illusion de maîtrise est un moyen temporaire pour abaisser l’angoisse, elle est mise à mal par les moyens même qu’elle utilise.

Le flot d’informations déversées par les écrans, la radio et la presse généraliste participe de cette anxiété en ce qu’elle renforce ce qui la fonde. 

Les prises de parole des « se disant » omniscients, s’érigeant en sachant, au nom de l’information, ne vectent le plus souvent qu’une opinion que leur rival du moment objecte d’un verbe tout aussi prosaïque.

La parole scientifique n’apparait pas comme un asile salutaire évident, celle des infectiologues, des virologues, des médecins ou des praticiens directs autour du covid19 se modifiant depuis l’apparition du virus jusqu’à sa venue du virus dans nos contrées et la contamination d’un pan de la population. Les convictions placées en la science médicale sont aussi bouleversées par les discordances des savoirs et de leurs usages en ce qu’elles sont données à voir ou à entendre de la part des spécialistes et des chercheurs qui font autorité en la matière. 

Ainsi s’opère un mouvement de bascule dont l’itinéraire qui emprunte le chemin de la réassurance par la connaissance et la rationalisation conduit à un maelstrom ajoutant de la confusion. Les conséquences sont antagonistes à l’effet escompté.

Ces discordances mettent en exergue la part d’ignorance et d’inconnu. Elles ne relèvent pas d’une une vacuité mortifère bien au contraire, mais de l’impossibilité d’un savoir total qui, lui, serait un fatum néantifiant en ce qu’il obturerait toute perspective nouvelle d’advenir.

Dans cette période terrible, stupéfiante, insécurisante, incroyablement dramatique …  pour se défendre, chacun lutte comme il le peut, le réel n’est pas drôle, on n’y échappe pas… mais on peut l’aménager.

L’inventivité, la rêverie, la créativité ouvrent une voie de délestage de l’angoisse. Il ne s’agit pas là d’annuler l’actualité ou de se réfugier dans le déni. A la manière d’une déviation, par l’imagination peut se déployer un espace psychique au domaine infini. Un à côté transitoirement débarrassé du poids des contingences du quotidien et de l’insécurité du contexte. Cet espace créatif peut s’objectiver au travers de l’écriture, du dessin, de la production musicale ou vidéo …

Même dans les meilleures dispositions, il n’est pas évident pour chacun d’activer cette sphère imaginaire, il existe des supports externes pour la soutenir : la lecture, la musique, le cinéma, les arts en général …

Il n’en demeure pas moins que cette mise en mouvement est rendue d’autant plus complexe que la pandémie affecte nous affecte personnellement. Parce que certains travaillant sont en risque de contracter la maladie et de contaminer leurs proches, parce d’autres ou l’un des leurs est atteint, parce que dans ces contextes la mort rode, avec parfois une grande proximité et renvoie à une finitude dont la prégnance envahissante obture les possibilités de dégagement psychique. L’irrévocable finitude résonne avec sa cohorte d’émotions : l’inquiétude, la douleur, la tristesse, la frayeur…

 

 


Diplômée de l'école des Psychologues Praticiens, Psychologie clinique Consultations - Psychothérapie - Enfant - Ado - Adultes - Couples
n° ADELI :  13 93 2401 16    -
-   SiRET : 850 052 184 000 15